De la finance augmentée à la finance automatisée : la révolution de l’intelligence artificielle

Le 22 septembre dernier s’est déroulée une conférence à Science Po sur l’intelligence artificielle au service de la finance. Voici un petit compte-rendu de ce qu’il s’est dit.

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Tout d’abord, le titre de cette conférence « De la finance augmentée à la finance automatisée : la révolution de l’intelligence artificielle » était quelque peu réducteur, puisque le thème de la finance a été très peu évoqué. Il s’agissait plus d’un débat pour nous convaincre du comment nous sommes passés de l’ère de l’automatisation des process à un monde « gouverné » par l’intelligence artificielle qui touche bien entendu le monde de la finance avec l’émergence des Fintech, (même si les banques n’ont pas dit leur dernier mot) mais bien sûr aussi tous les autres secteurs de l’économie.

Les intervenants étaient :

Alain Clot : Président de France FinTech et Senior Advisor chez Ernst et Young (secteur finance et digital)

Stéphane Mallard : Evangéliste digital chez Blu Age et avant à la Société Générale

Guillaume Sarrat de Tramezaigues (qui tenait le rôle de modérateur) : Directeur exécutif du département d’Economie de Sciences Po

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Voici en synthèse, ce que nous avons retenu.

Avec l’automatisation, nous avons cherché à améliorer nos process afin de gagner en productivité et de faire baisser ainsi le coût du travail sans pour autant apporter de l’intelligence au système. Mais ça, c’était la phase 1.

Depuis environ 10 ans, nous sommes passés à la phase 2 où nous avons introduit la notion d’intelligence artificielle avec la mise en place de machines capables d’apprendre par elles-mêmes en mimant les réseaux neuronaux du cerveau humain (deep learning). On parle de l’IA depuis bien plus longtemps, mais depuis 2005 cela s’accélère.

Ceci est rendu possible par :

  1. L’augmentation de la mise à disposition de masses de données avec le big data et l’augmentation de notre capacité de stockage de la donnée (9$ 1MO en 1990 contre 8 cents 1GO en 2010)
  2. L’augmentation de la capacité de calcul des machines (de 16 à 100 MHz en 1990 à 4 GHz (Core i7 6700K) en 2015)
  3. Mais surtout par l’amélioration de notre connaissance sur le cerveau avec les neurosciences qui ont permis la mise en œuvre de programmes informatiques copiant les réseaux neuronaux

L’intelligence artificielle a et va avoir des répercussions sur les architectures de nos systèmes d’information avec l’introduction d’algorithmes d’apprentissage qui ne fonctionnent plus de façon linéaire mais qui ont une évolution cumulative et exponentielle par la corrélation de données.

Ces systèmes sont depuis quelque temps essentiellement mis en avant par les « géants du web » qui ont fait des algorithmes le cœur de leur organisation. Il faut toutefois retenir que l’IA intervient de manière déterminante dans les domaines de la médecine, du commerce, de la finance, de l’éducation, de l’art, etc…

A noter que les GAFA tentent aujourd’hui de profiter de leur avance en termes d’acquisition de la donnée (grâce aux moteurs de recherche : plus de 2 million de requêtes Google par minute) pour élargir leur champ d’action et commencer à intervenir dans le domaine de l’assurance et de la finance et ainsi investir massivement dans ces différents secteurs par le rachat de Fintech qui leur semblent être sur des créneaux porteurs.

C’est dans le domaine de la finance qu’émerge actuellement un grand nombre d’acteurs avec la multiplication des Fintech. A ce niveau, c’est la différentiation de l’offre qui fera la différence parmi tous les acteurs.

Selon des spécialistes, nous débutons une 3ème phase qui est celle de la conscience artificielle avec la mise en place d’algorithmes de réflexibilité. Il s’agira alors d’orienter le client/utilisateur non pas vers ce que nous avons à lui proposer (push produit) mais vers ce qui est le mieux pour lui. L’objectif est de maintenir une relation de confiance avec le client qui va alors le pousser à rester chez nous.

Il y a bien sûr des limites à ce système :

  • Il s’agit de systèmes auto-apprenants qui apprennent des données avec lesquelles ils sont nourris.
  • Selon les intervenants, nous sommes sur une bulle spéculative où la valeur qui est donnée à ces nouveaux acteurs du marché est spéculative (elle repose essentiellement sur le nombre de comptes ouverts) et n’a aucun lien avec la valeur réelle des actifs. En effet, dans la majorité des cas, leur valeur repose sur le nombre de comptes ouverts et donc le potentiel de clients que cela peut ramener. Or, force est de constater qu’une personne a plusieurs comptes. Nous pouvons donc raisonnablement penser que cette personne réagira de la même façon à la vision d’une publicité (peu importe le compte sur lequel elle se trouve à ce moment).
  • Il faudra repenser les cadres juridiques, notamment par rapport au respect de la vie privée.
  • Il sera important de mener une réflexion éthique et morale, concernant la délégation de tâches à responsabilité (décision, recommandation) à des machines. Mais aussi, concernant l’influence du comportement d’une personne sur l’orientation vers des choix sous prétexte que nous agissons pour son bien.

Lors du débat, il a été mis en évidence le produit développé par la SNCF, l’espace communauté client : Braineet. Il s’agit d’un espace interactif qui utilise une couche d’intelligence pour être capable d’apporter des réponses avec une dose d’humour (elle-même en fonction du discours tenu par l’interlocuteurs). apporter de l’humour aux réponses données (en fonction du discours tenu par l’interlocuteur) mais aussi pour renvoyer vers un opérateur humain pour les questions beaucoup plus techniques.

Si vous avez manqué la conférence ou que vous souhaitez tout simplement la revoir, elle est disponible en livestream ici.