Habitats intelligents : un pas en avant pour des villes plus inclusives ?

Le Salon de l’immobilier d’entreprise (Simi), qui a ouvert ses portes du 6 au 8 décembre au Palais des Congrès à Paris, est l’occasion pour nous de revenir sur les habitats connectés qui participent, comme bien d’autres innovations, à l’essor des villes dites inclusives.

Une smart city inclusive et innovante CC/Wikimedia Commons
Une smart city inclusive et innovante CC/Wikimedia Commons

Il y a quelques années encore, parler d’habitat intelligent renvoyait à un futur improbable, plus proche de la science-fiction que de la réalité. Mais aujourd’hui, l’innovation est en marche. Le logement connecté est en passe de devenir une réalité à laquelle il est difficile d’échapper et qui modifie d’ores et déjà l’utilisation des logements pour certains habitants.

Plusieurs projets attestent de cette évolution. Citons, par exemple, le « carnet de santé numérique du logement » qui sera obligatoirement mis en place en 2018 pour les logements dont le permis de construire est accordé à partir de janvier 2017. Le but ? Recenser l’ensemble des travaux et des diagnostics réalisés au fil des ans. Pour les acquéreurs, cet outil permettra de connaître l’historique de leur futur logement, et donc de l’utiliser à bon escient pour entretenir leur bien et améliorer ses performances énergétiques.

S’il va falloir attendre début 2018 pour connaître la forme précise de ce carnet numérique, un appel à projets lancé en 2016 pourrait toutefois nous livrer quelques pistes. En effet, suite à une sélection, douze projets lauréats ont été chargés d’expérimenter différents outils à mettre en œuvre. Certains d’entre eux ont ainsi créé une application sur mobile pour favoriser le partage des informations entre professionnels et habitants, tandis que d’autres testent une plateforme numérique aux données exportables.

Des innovations pour tous au quotidien

Illustration d'une maison intelligente et connectée CC/Pixabay ©Free-Photos
Illustration d’une maison intelligente et connectée CC/Pixabay ©Free-Photos

Mais plus que cela, l’habitat intelligent a pour objectif de permettre aux citadins de mieux vivre et de s’épanouir. Il peut notamment être mis au service des personnes en situation de fragilité. Exemple : la chaire Quality of Life travaille, depuis 2011, sur le maintien à domicile des personnes âgées grâce aux objets connectés. Le concept est simple. En installant des capteurs dans un logement, ils sont capables de récupérer diverses données puis d’établir le profil type de la personne qui y vit. A partir de ce profil, ils sont en mesure de repérer tout changement anormal et de prendre contact avec la personne ou d’alerter sa famille si besoin. Des résidences pour personnes handicapées, des maisons de retraite et des logements individuels ont déjà été équipés de cette technologie en France.

L’avantage avec ce système, c’est que les personnes âgées ne sont plus obligées de quitter leur domicile et peuvent continuer à vivre dans leur quartier. De plus, le coût d’un tel équipement coûte moins cher qu’un placement en maison de retraite. Pour autant, il faut préciser que cette technologie ne remplace en aucun cas un établissement de soins et qu’elle doit encore faire ses preuves sur le long terme.

L’habitat connecté, c’est aussi un marché pour les fournisseurs d’énergie qui l’ont compris très tôt. Le compteur Linky lancé par Enedis illustre parfaitement ce nouveau marché en expansion. Avec lui, il est possible de suivre sa consommation électrique et d’envoyer des données précises à son fournisseur pour être facturé selon sa consommation réelle. Les relevés de compteur peuvent, eux, être effectués à distance. Tout ceci permet aux utilisateurs de mieux comprendre leur consommation et donc de mieux la maîtriser.

Des logements intelligents au service de villes plus inclusives ?

A leur manière, toutes ces innovations participent à la création de villes plus inclusives dont le concept est justement de fédérer les habitants, quel que soit leur catégorie socio-professionnelle, derrière une ville durable, plus humaine et plus harmonieuse. Plus d’inclusion, c’est d’ailleurs l’objectif des villes réunies autour de Cities for Life, le sommet mondial pour des villes inclusives, innovantes et résilientes dont Paris avait accueilli la 2ème édition en 2016 et dont l’enjeu était alors de définir un plan à l’échelle mondiale.

Cette belle idée de la cité se retrouve toutefois confrontée à certaines limites. En effet, l’innovation et le numérique sont au cœur de ce bouleversement. Alors, qu’en est-il de ceux qui n’ont pas accès à Internet ou qui ne savent pas s’en servir correctement ? Pour rappel, une enquête de l’Institut national de la consommation (INC) et du Défenseur des droits a mis en lumière que 16 % des Français n’avaient toujours pas accès à Internet et que parmi ceux qui y ont accès, 20 % maîtrisaient mal l’outil. Pour remédier au problème, le plan France numérique 2012-2020 aide les plus précaires à s’équiper en outils informatiques. Des espaces publics numériques ont également été aménagés afin d’apprendre à la frange de la population la moins à l’aise avec l’informatique à utiliser Internet. Mais tout cela sera-t-il suffisant pour inclure, et non exclure ?

Autre défi : comment continuer à fédérer les classes moyennes et populaires autour du concept des villes inclusives alors que les loyers ont explosé au cours des dernières années ? Le pouvoir d’achat des classes moyennes diminue tandis que les classes populaires fuient les centres-villes. Difficile d’envisager une ville inclusive dans de telles conditions. Interviewée par La Tribune, Anne Hidalgo, fervente défenseuse du projet, avait elle-même reconnu qu’il fallait faire en sorte que les loyers soient encadrés, et notamment dans les zones tendues. Problème, après Lille, la justice vient tout juste d’annuler l’encadrement des loyers à Paris.

Si les villes inclusives sont gages de solutions innovantes, elles restent donc confrontées à de nombreux défis. Alors, peut-être faudra-t-il encore patienter un peu pour passer du fantasme au réel, et voir la prophétie de Wellington Webb, l’ancien maire de Denver, se réaliser : « Le XIXe siècle était un siècle d’Empires, le XXe un siècle d’États-nations. Le XXIe siècle sera celui des villes ».