Notre retour de #Moneyconf 2016

La semaine dernière se tenait Moneyconf à Madrid. Organisé par la même équipe que le Web Summit, cela s’annonçait comme un événement Fintech international important.

Moneyconf, comme son nom l’indique, ce sont d’abord des confs

L’évément a vu s’enchaîner des présentations et des tables rondes sur les sujets Fintech. Les échanges durent 20 minutes et sont extrêmement séduisants. Les speakers étaient vraiment de haut vol avec par exemple Taavet Hinrikus (Transferwise), Kim Fournais (Saxo Bank), Carlos Villa (BBVA), Kathryn Petralia (Kabbage), Shai Winninger (Lemonade), Cédric Bru (Taulia), Ann Cairns (MasterCard), Warren Meads (KPMG), Mark Mullen (Atom Bank), Valentin Stalf (Number26)…

Parmi les sujets, il y avait bien sûr les inévitables conférences sur la Blockchain, le Big Data et le Brexit – on était la veille du vote qui a vu le Leave remporter le référendum. Nous allons surtout vous parler des sujets sur les innovations dans le monde des paiements et de la banque de détail et comment elles créent des opportunités pour l’inclusions financière.

Moneyconf, ce sont aussi des startups

En parallèle des speechs, Moneyconf c’est aussi un événement de networking, dans un hall où des startups early stage nommées « Alphas » tiennent des mini stand. Mini ? Oui, on parle de stand de 1m2, environ la taille d’une cabine téléphonique, avec une petite pancarte sur du contreplaqué, un logo, 100 caractères pour décrire l’entreprise et de quoi poser un ordinateur portable. Le tout est assez bruyant. Les conditions pour l’exposant ne sont pas faciles et ils doivent sûrement terminer leur journée complètement épuisés. Mais pour ceux – comme nous – qui voulaient rencontrer du monde et découvrir de nouvelles idées et pourquoi pas des partenaires, c’est très efficace. Nous avons donc fait le tour des stands pour vous parler des idées que nous trouvons les plus intéressantes.

Moneyconf startup Alpha

Les startups Alpha ont également l’occasion de pitcher pour gagner la compétition de la meilleure startup de l’édition. Les gagnants sont GraceSystem, une solution de big data pour les banques. Nous, nous étions plutôt pour Spendesk, une startup française qui vient de démarrer et, cocorico, qui est allée jusqu’en finale avec sa solution séduisante de paiement par carte en entreprise.

Que se passe-t-il avec les banques de détail ?

Plusieurs intervenants sont revenus sur la révolution annoncée de la banque de détail. Revue des idées présentées à Moneyconf pour transformer la banque avec le numérique. Lancer une nouvelle banque, sur le papier, semble en effet une grande opportunité.

Le marché des banques et ultra concentré. (Huy Nguyen Trieu, Auteur, Disruptive Finance).

Pourtant, il n’a jamais été aussi facile de lancer une banque qu’aujourd’hui. La technologie et la barrière réglementaire sont devenus accessibles à des projets startup bien financés.

Faire une banque, aujourd’hui ça ne coûte pas cher. Cela coûte environ 10 millions d’euros de setup et 5 millions d’euros de run annuel. (Philippe Gelis, CEO, Kantox)

Il est beaucoup plus facile de lancer une banque aujourd’hui qu’il y a 10 ans. Les nouveaux challengers ont un gros avantages sur les banques traditionnelles avec l’absence de legacy informatique. (Mark Mullen, fondateur Atom Bank).

Et c’est un métier qui gagne bien sa vie !

Les banques traditionnelles, alors qu’elles sont archi inefficaces, arrivent toujours à être ultra-rentables. (Warren Mead, Head of Challenger Banks and Global Co-Lead Fintech, KMPG)

Le vrai sujet n’est pas technique ou réglementaire mais marketing : comment faire une banque qui rencontre le succès ?

Avoir un avantage compétitif en terme d’acquisition client est un facteur clé de succès déterminant. (Mark Mullen, Atom Bank)

Une intelligence artificielle sera-t-elle votre prochain conseiller bancaire ?

Et si demain, votre banquier était un robot ? C’était l’idée forte de Carlos Vila, le CEO de BBVA. BBVA est la 2ème banque espagnole, 150 ans et 120 000 collaborateurs tout de même. La vielle dame est pourtant championne dans la transformation digitale. Carlos Vila occupait d’ailleurs le poste de patron du numérique de la banque avant d’en devenir le patron tout court. BBVA investit massivement sur sa transformation digitale, comme le prouve leur achat de la startup américaine Simple, une banque 100 % en ligne, pour 105 millions d’euros en 2014. Pour la suite, Carlos Vila croit énormément dans l’intelligence artificielle et le machine learning pour améliorer le service client.

Pour alimenter cette vision, parmi les startups Alpha, on trouvait par exemple la startup canadienne Payso, qui développe une solution baptisée Finn.ai. Le principe : un robot qui répond aux questions qu’on lui pose. Un peu comme Siri ou le Conversational Commerce, mais pour la banque, ce ChatBot joue le rôle de banquier personnel pour répondre à des questions comme « Combien me reste-t-il d’argent sur mon compte ? » ou bien « Où j’en suis par rapport à mon budget ». Surtout, c’est dans un mode de conversation intégrable par les banque en marque blanche sur le canal de leur choix (SMS, Facebook Messenger, Slack, etc).

Finn.io Payso demo

L’inclusion financière, nouvelle frontière et terre d’opportunités

Au cours de l’événement, Ann Cairns, President international markets chez MasterCard, a eu l’occasion de présenter les actions de Mastercard pour l’inclusion financière.

Ann Cairns Mastercard Moneyconf financial inclusion

Il y a aujourd’hui 2 milliards d’adultes dans le monde qui n’ont pas accès aux services financiers. Ils étaient 2,5 milliards en 2010, donc Il y a une forte tendance à l’inclusion financière. La conséquence de la non-bancarisation, c’est le recours au cash comme moyen de paiement. En Afrique, le cash représente 98 % des transactions.

Selon Ann Cairns, l’inclusion financière est importante car :

  • C’est un facteur de développement économique du pays.
  • C’est un moteur d’intégration de la personne au monde d’aujourd’hui. Les services connectés et dématérialisés comme Internet, le e-commerce, nécessitent très souvent des moyens de paiement connectés et dématérialisés.
  • Cela réduit l’économie grise.
  • Le cash coûte très cher ; les coûts opérationnels comme la production, le stockage et le convoi des pièces et des billets représenterait 1,5% du PIB mondial.

Pour Mastercard, l’inclusion est un axe stratégique car son intérêt est évident. Cela représente un gisement de 2 milliards d’utilisateurs potentiels et des milliards de transactions en cash à convertir en transactions électroniques que Mastercard cherche à exploiter. Mastercard investit donc massivement dans l’infrastructure pour permettre les paiements électroniques, les distributeurs automatiques de billets et les terminaux de paiement au points de vente. Mais l’infrastructure, si elle est nécessaire, n’est pas suffisante. Même lorsque les services financiers sont disponibles, l’usage doit encore s’imposer. Ainsi, il n’est pas rare que, dans certains pays d’Afrique, on observe que les TPE soient très peu utilisés et que la carte bancaire serve presque exclusivement à… retirer du cash ! Pour améliorer l’usage des paiements électroniques, Mastercard développe ainsi des actions, notamment avec les gouvernements, qui sont les premiers à avoir intérêt à l’inclusion financière (moins de fraude, moins de criminalité, plus de recettes fiscales). Et la fondation Mastercard investit 300 millions de $ par an dans des projets en Afrique, en particulier, ils adorent les projets qui aident les agriculteurs à s’insérer dans les circuits financiers officiels.

Fondation Mastercard Afrique inclusion financière

Parmi les startups Alpha, nous avons particulièrement aimé celles-ci qui agissent sur le terrain de l’inclusion financière :

  • E-Savings Club, une startup qui digitalise le concept de la tontine, active en Ouganda et au Mexique. Le point de départ de départ de la startup est intéressant : il s’agit de prendre un vieux concept financier (la tontine) et essayer de l’augmenter via le digital et le mobile.
  • Payswitch, un système pour payer ses factures (électricité, eau…) dans un réseau de points au Philippines. Le réseau est constitué de points qui ont l’habitude d’encaisser du cash : prêteurs sur gage, agences de transfert d’argent, agents de change, épiciers, etc…
  • Bitmari, une startup du Zimbabwe qui a lancé un système de transfert d’argent intra-Afrique via Bitcoin. Les avantages d’utiliser le Bitcoin : plus de transparence et un coût de service nettemenet inférieur aux acteurs traditionnels du transfert d’argent.
  • M-Eskudo, un projet très ambitieux de lancement d’un device pour faire du paiement mobile. L’objet est un hybride entre la carte bancaire, le wallet et l’appli de paiement mobile. L’idée de s’embarquer dans le développer d’un device spécifique est certes très ambitieuse. Mais elle est intéressante, car ils semblent avoir réussi à créer un appareil au design ultra simple, donc au coût unitaire très faible, pour équiper les personnes qui n’ont pas de compte, ni de carte ni de mobile.

M-Eskudo

En guise de conclusion ?

Créer une nouvelle banque représente sans doute une opportunité. Mais pas sans avoir réfléchi à son produit et au créneau à adresser, car le plus difficile reste de convaincre des clients !

Le positionnement conseil n’est pas le plus simple. C’est le métier de la banque de conseiller son client, donc les banques traditionnelles vont de plus en plus occuper de créneau avec les nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle.

L’inclusion financière représente une opportunité gigantesque. Les entreprises comme Mastercard – qui investit énormément sur ce sujet- ou les startups qui adressent ce problème pour des milliards de personnes dans le monde se construisent un avantage compétitif solide en terme d’acquisition client tout en apportant un véritable progrès humain.

Attention cependant, une banque qui adresse uniquement les riches ou les pauvres, les jeunes ou les vieux, etc… est par nature plus fragile.

Une bonne banque c’est une banque équilibrée (Warren Mead, KMPG)

Tout ça dans une perspective où la rentabilité du métier de banquier est menacée par les GAFA.  Philippe Gelis (CEO, Kanbox) ne croit pas que les GAFA vont devenir des banques : c’est un métier qui n’est pas assez global (à cause de la régulation) et pas assez rentable pour eux. Mais les grands acteurs du numériques que sont les GAFA et les NATU, vont lancer des services – pensez à Apple Pay ou à Uber qui ouvre des comptes en banque pour ses chauffeurs – pour récupérer une grande partie de la valeur qui revenait jusque à maintenant à la banque.